Zoom sur le phénomène de pénurie de talents

Un rapide état des lieux de l’offre et la demande sur le marché de l’emploi

L’offre

Comme vous le savez en 2020, le volume d’offres diffusées a chuté lors du 1er confinement, avant de retrouver très rapidement son niveau d’avant crise sanitaire (dès T3 2020).

Le phénomène le plus marquant de cette année 2021, et que l’on peut constater à partir de ce graphique, est la très forte croissance du nombre d’offres d’emploi diffusées : un élément particulièrement révélateur du contexte actuel du marché de l’emploi.

Nous constatons 144% de croissance entre T1 2020 et T3 2021, à périmètre constant.

La demande

En parallèle, le nombre de candidatures reçues sur la même période (T1 2020 vs T3 2021) baisse de 8%.

Par conséquent, le nombre de candidatures en moyenne par offre diminue de 62% entre T1 2020 et T3 2021.

Les candidats ont changé :

Suite à la crise du COVID-19, la typologie des candidats a également changé. Selon une étude réalisée par Isarta, environ 36,5% des candidats ont revu leurs critères suite à la crise sanitaire.

Les candidats sont désormais plus exigeants par rapport au sens des missions proposées, la description du poste d’une offre d’emploi faisant d’ailleurs partie des informations ayant le plus d’importance à leurs yeux.

La nécessité d’équilibrer le travail au bureau et la vie personnelle est également devenu un critère prioritaire pour une grande majorité de candidats, en particulier de la part des jeunes générations.

Ils sont donc moins enclins à accepter l’offre d’une entreprise qui ne se montre pas flexible : 73% d’entre eux souhaitent que leur entreprise leur permette d’organiser eux-mêmes leurs horaires de travail tout en travaillant selon leurs propres méthodes.

Les candidats sont également plus attirés par des entreprises en phase avec leurs aspirations profondes. Ils se penchent beaucoup plus sur les raisons pour lesquelles ils devraient aller travailler dans telle ou telle entreprise, et se renseignent majoritairement sur la marque-employeur de cette dernière (le triptyque valeurs, culture, missions).

Leurs prétentions salariales ont augmenté.  En conséquence, 9 recruteurs sur 10 seraient prêts à augmenter le salaire proposé pour convaincre un candidat de les rejoindre !

Constat de la situation actuelle

Le marché de l’emploi est redevenu particulièrement dynamique depuis le début de l’année 2021. Les intentions d’embauche sont en augmentation dans la majorité des secteurs d’activité depuis le mois de mars, et le troisième trimestre 2021 s’est annoncé dans la même dynamique que le précédent, et ce malgré la période estivale habituellement propice à un ralentissement des recrutements. En bref : la France n’a jamais autant embauché, aussi bien en CDI, qu’en CDD ou Intérim.

En parallèle, le nombre de candidatures reçues s’est stabilisé voir, a fortement diminué dans certains secteurs d’activités. En conséquence, le nombre de candidats potentiels a lui aussi diminué, créant un phénomène de pénurie de main d’œuvre.

Toujours selon l’étude menée par Isarta, 95% des employeurs estiment qu’il est plus difficile de recruter aujourd’hui qu’avant la pandémie, et 82% déclarent recevoir moins de candidatures qu’auparavant.  

Certains secteurs d’activités éprouvent de grandes difficultés de recrutement : le gouffre entre l’offre et la demande se creuse de plus en plus, créant un déséquilibre notable. Aujourd’hui, plus d’une entreprise sur deux peine à recruter des talents qualifiés.

Il est toutefois important de rappeler que ce phénomène est assez classique en sortie de crise, et n’est d’ailleurs pas une spécificité française. Les pays voisins, tels que l’Allemagne et les Pays-Bas connaissent également une forte progression de la pénurie de talents.

Quels sont les secteurs qui recrutent le plus ?

Selon l’enquête BMO menée par Pôle Emploi en 2021, les viticulteurs et arboriculteurs salariés sont les plus recherchés (149 070 projets d’embauche). Viennent ensuite les métiers de l’hôtellerie-restauration, et ceux du service à la personne : parmi ces métiers, les aides à domicile, assistant.es maternels, aides-soignant.e.s et infimier.e.s (environ 85 000 projets d’embauche pour chacun d’entre eux en 2021)

D’autres secteurs, tels que celui de l’agriculture, de la manutention et du BTP recrutent énormément. Mais ces derniers peinent aussi à trouver des candidats qualifiés. 

Quels sont les secteurs qui souffrent le plus de la pénurie de candidatures ?

En réalité, la majorité des secteurs est touchée. Paradoxalement, le taux de chômage en France est toujours supérieur à la moyenne européenne.

Le secteur du BTP, au-delà de la pénurie de matériaux dû à la hausse des coûts des matières premières, souffre aussi fortement du phénomène de pénurie de main d’œuvre. Il devient de plus en plus compliqué de recruter du personnel qualifié dans le domaine du bâtiment. En cause ? En particulier, une mauvaise image auprès des jeunes actifs et un certain manque d’attractivité pour ce secteur d’activité.

Il en va de même pour le secteur de l’hôtellerie-restauration : petits comme grands établissements sont impactés. Entre février 2020 et février 2021, ce sont près de 237.000 emplois qui ont été perdus, et qui ne trouvent plus preneurs à l’heure actuelle.

Ceci s’explique notamment par la difficulté de ces secteurs à proposer un équilibre entre la vie privée et la vie professionnelle (horaires de travail, rythme soutenu…) et où la mise en place du télétravail est impossible.

De même, dans le secteur de l’industrie, près de 70 000 offres d’emploi restent aujourd’hui à pourvoir.

Quelles sont les raisons de ces difficultés de recrutement ?  

Selon la Dares, cinq raisons majeures sont en cause :

  • Le nombre d’emplois proposé n’est pas proportionnel au nombre de travailleurs potentiels disponibles sur le marché.
  • Les contraintes géographiques : le télétravail a mis en évidence une envie de mobilité géographique des candidats, ce qui ne coïncide pas toujours avec les besoins en recrutement de certains territoires.
  • Un besoin en compétences spécifiques pour de nombreux postes vacants, et donc un manque de formation ;
  • La pénibilité de certains emplois, notamment au niveau des conditions de travail, des contraintes horaires et du manque de flexibilité, ainsi que l’impossibilité d’être en télétravail.
  • L’intensité des embauches : un trop grand nombre d’entreprises recrutent en même temps.

On pourra également citer le niveau de rémunération trop faible dans certains secteurs. Ainsi qu’une grande majorité de salariés souhaitant changer de profession pour des métiers plus porteurs de sens. De nombreux candidats sont également de plus en plus séduits par le modèle de l’entreprenariat.

En conséquence, les entreprises et les recruteurs doivent redoubler de créativité pour attirer de nouveaux candidats et augmenter le taux de rétention des talents.

Quelles solutions pour pallier à ce problème ?

Il existe de nombreux leviers à activer afin de pallier à ces difficultés de recrutement.

  • Diversifier les canaux de diffusion :

Internet est aujourd’hui le premier endroit où se rencontrent les recruteurs et les candidats, via les sites emploi et les réseaux sociaux notamment.

On cherchera donc à déployer une stratégie de recrutement multicanal, axée sur la diffusion de l’offre d’emploi à plus grande échelle : ce qui passe par une multidiffusion des offres d’emploi sur plusieurs sites emplois (généralistes et de niches), les réseaux sociaux ou encore les sites d’écoles.

La diversification des canaux de diffusion vous permet d’accroitre vos chances de toucher directement vos candidats potentiels.

  • Cherchez à élargir votre vivier de candidats.
  • Améliorez l’attractivité de votre secteur d’activité et de votre entreprise : en améliorant sa marque-employeur par exemple.
  • Misez sur les formations, notamment sur l’apprentissage (contrat d’apprentissage ou professionnalisation, stages…)
  • Ayez recours à la mobilité interne, ce qui vous fera gagner un temps précieux et limitera les risques liés à l’intégration d’un nouveau candidat dans votre entreprise. La formation des employés permet également de faire face à la pénurie de compétences…

Article rédigé par Louise Rigaut, publié le jeudi 25 novembre 2021.


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